Jeudi 8 février 2001
VK – Bruxelles
LAUREL AITKEN (JAM)
COURT JESTER’S CREW (GER) – Western Special (FR)
C’est une affiche très alléchante que nous proposait le VK jeudi dernier. En première partie, on a pu
enfin découvrir un groupe français dans une de nos salle ; événement assez rare, ce qui est
dommage quand on voit la qualité de la scène ska de nos chers voisins. Ensuite, ce sont les
allemands de Court Jester’s Crew qui sont venus préparer le public avant que le parrain
du ska ne les rejoigne.
Alors que la majorité du public est encore au fond de la salle et au bar, les premières notes de
Western Special se fond entendre et le show commence par un très bon ska instrumental aux
arrangements de cuivre chargés positivement. Cette formation de huit musiciens pratique
essentiellement du ska instrumental dans la tradition jamaïcaine avec de temps en temps
un morceau rocksteady pendant lequel la saxophoniste pose son sax alto au profit du micro. Les
instrumentaux sont vraiment originaux : arrangements chargés, soli et changement de thèmes
pour cassé la banalité. On reprochera toutefois la durée des soli un peu courte et la basse qui,
parfois, est légèrement trop chargée pour du ska traditionnel. Dans le même esprit, on notera
l’interprétation tout aussi originale de morceaux des Skatalites pour lesquels Western Special ne
se contente pas de pâles copies des versions originales. Le plus grand point fort du groupe
est sans aucun doute le rocksteady, l’orgue y est langoureux a souhait, la voix est suave,
les cuivres et la rythmique un peu en retrait. Si le rocksteady est leur signe de qualité, la langue
anglaise est, par contre, leur point faible. L’accent français apporte une touche d’acidité à
l’oreille dont on se passerait bien volontiers. Excepté cette petite entorse,Western Special est
vraiment un très bon groupe et montre combien la scène ska française est de qualité. On attend
donc avec impatience la venue d’autres groupes de ce si beau et si chauvin pays qu’est la France
afin de profiter nous aussi de cette scène apparemment très riche et encore trop peu connue dans
nos régions.
Lorsque les 9 musiciens de Court Jester’s Crew entre en scène, on se croirait à une réunion de
peintre en bâtiment (tous habillés de blanc), mais lorsque la musique commence, il n’y a pas
besoin de faire un dessin pour comprendre que c’est un groupe de musique. CJC nous vient
d’Allemagne et ça s’entend. On a l’impression que le gros son bien gras avec de grosses
pêches bien baveuses est synonyme de musique allemande et signe d’un style propre au pays
qui fait que l’on associe rapidement CJC à Dr. Ring-Ding. Court Jester’s Crew joue pas mal de
ska d’influence traditionnelle avec ce gros son, mais aussi assez bien de ragga. Le niveau des
musiciens est vraiment élevé, les arrangements sont très bien ficelés et les soli sont de qualité.
Dans les morceaux ska, les voix sont un peu faibles comparées aux arrangements instrumentaux.
C’est dans le registre ragga que les deux voix sonnent le mieux. En général, ce sont le batteur et le
claviers qui sont les plusimpressionnant et pour l’ensemble de la soirée, ce sont les deux claviers
qui ont le plus retenus mon attention.
Après quelques minutes de pause, CJC remonte sur scène, les deux chanteurs s’installent en
retrait laissant la place à Mr. Laurel Aitken, the godfather of ska. Lunettes noires, chemise noire,
chapeau et grand sourire doré, Laurel Aitken n’a pas la forme de son âge mais plutôt celle du
mien. Beaucoup d’humour, une présence et une aisance sur scène a coupé le souffle, Mr. Aitken
est chez lui sur scène. Après toutes ces années de carrière, sa voix est toujours unique et
parfaitement préservée. Il nous a offert ce jeudi un show d’une extrême variété, allant du ska
traditionnel au 2-Tone (très rapide sur la fin) en passant par le rocksteady et le reggae. Il a
évidemment interprété des classiques de son répertoire comme " Sally Brown ", " Lollipop ",
" Skinhead Train " (etc…) et on a pu, à plusieurs reprises, l’écouter exercer ses talents
d’harmoniciste. Court Jester’s Crew a parfaitement joué son rôle de backing band, que ce soit
au niveau des chœurs, des cuivres ou de la section rythmique. Laurel Aitken nous accordera
deux rappels avant de nous laisser définitivement avec un disc-jockey pas terrible.
KARL KING